Le projet de modernisation du corridor économique Douala-Bangui franchit une nouvelle étape. Le président Paul Biya a autorisé, par décret signé le 2 octobre 2026, la conclusion d’un accord de crédit de 347,5 millions d’euros, soit environ 228 milliards de FCFA, avec la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), une institution du Groupe de la Banque mondiale.
Cette autorisation ouvre la voie à la signature de l’accord de financement destiné au projet de corridor économique reliant le Cameroun à la République centrafricaine. Elle intervient après l’approbation, en juin 2026, d’un programme régional de 1,12 milliard de dollars consacré à la modernisation de cet axe stratégique.
Long de plus de 1 400 kilomètres, le corridor Douala-Bangui constitue l’une des principales artères commerciales de l’Afrique centrale. Il relie le port de Douala à Bangui et joue un rôle essentiel dans l’approvisionnement de la République centrafricaine, pays enclavé dont plus de 80 % du commerce extérieur transite par cet axe.
Pour le Cameroun, l’enjeu est également majeur. Le corridor dessert plusieurs territoires et constitue une voie essentielle pour les échanges commerciaux avec la RCA. Sa modernisation doit donc contribuer à améliorer la circulation des marchandises, à réduire les coûts logistiques et à renforcer l’intégration économique au sein de la CEMAC.
Malgré son importance, le corridor reste confronté à d’importantes difficultés. Dégradation de certaines infrastructures, temps de parcours élevés, multiplication des contrôles et coûts de transport pèsent sur la compétitivité des échanges.
Selon la Banque mondiale, le transport sur cet axe peut atteindre 270 dollars par tonne et nécessiter entre 9 et 12 jours dans des conditions normales. L’institution recense également 38 postes de contrôle sur la partie camerounaise du corridor, dont certains sont associés à des paiements informels.
Ces contraintes ont des répercussions directes sur le prix des marchandises et sur les activités des entreprises. Pour les opérateurs économiques, la réduction des délais et des coûts de transport représente donc un enjeu aussi important que la réhabilitation physique des routes.
Le financement approuvé s’inscrit dans un programme plus vaste conçu en plusieurs phases. La première étape, évaluée à 525 millions de dollars, vise notamment la réhabilitation des infrastructures prioritaires, l’amélioration de la sécurité routière et la mise en place de mécanismes plus efficaces d’entretien routier.
Au Cameroun, 407 millions de dollars provenant de la BIRD et 18 millions de dollars de l’IDA sont prévus dans cette première phase. La République centrafricaine doit pour sa part bénéficier de 90 millions de dollars, tandis que 10 millions de dollars sont destinés à la CEMAC à travers le guichet GROW de l’IDA.
Les interventions doivent notamment permettre de réhabiliter certains tronçons, d’améliorer la sécurité routière et de renforcer les dispositifs de contrôle de la charge à l’essieu.
Le programme ne se limite toutefois pas à la réfection des routes. Il prévoit également le développement de centres logistiques et de routes de desserte destinés à améliorer la connexion entre les zones de production et les principaux axes commerciaux.
L’objectif est de créer progressivement un environnement plus favorable aux échanges, aux chaînes de valeur et à l’investissement privé.
La Banque mondiale estime que le programme pourrait générer entre 2 000 et 4 000 emplois directs et indirects pendant son cycle de vie. Les activités d’entretien routier pourraient également soutenir plusieurs centaines d’emplois au fil des années.
La modernisation du corridor Douala-Bangui intervient dans une perspective plus large d’intégration économique de l’Afrique centrale.
En améliorant la liaison entre le port de Douala et Bangui, le projet doit permettre de fluidifier l’accès de la République centrafricaine aux marchés internationaux tout en renforçant le rôle du Cameroun comme plateforme logistique régionale.
L’enjeu dépasse donc la seule infrastructure routière. Il concerne également la compétitivité des entreprises, la disponibilité des produits, l’accès aux marchés et la capacité des pays de la CEMAC à développer davantage leurs échanges.
Le décret présidentiel du 2 octobre ne constitue pas, à lui seul, un décaissement immédiat des fonds ni le démarrage de l’ensemble des travaux. Il autorise le ministre camerounais chargé de l’Économie à signer l’accord de crédit avec la BIRD.
La prochaine étape consistera donc à finaliser les procédures nécessaires à la mise en œuvre du financement et à la réalisation des différentes composantes du programme.
Plusieurs opérations sont déjà préparées dans le cadre du corridor. Les documents de passation des marchés prévoient notamment des interventions sur les infrastructures routières, l’entretien et le développement de plateformes logistiques.
Pour le Cameroun, la modernisation du corridor Douala-Bangui représente une opportunité de renforcer son rôle de porte d’entrée maritime de l’Afrique centrale.
La réussite du projet dépendra toutefois de la capacité à transformer les financements annoncés en infrastructures réellement opérationnelles, mais aussi à réduire les obstacles non physiques qui ralentissent encore le trafic.
La réhabilitation des routes devra ainsi être accompagnée d’une amélioration de la gouvernance du corridor, de la réduction des contrôles excessifs et d’une meilleure organisation des services logistiques.
Avec ce financement de 228 milliards de FCFA, le Cameroun franchit une nouvelle étape dans la modernisation d’un axe dont l’importance dépasse largement ses frontières. Pour Douala comme pour Bangui, l’enjeu est désormais de faire du corridor un véritable moteur du commerce, de l’intégration régionale et de la croissance en Afrique centrale.
Hervé Perkin’s


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