Le téléphone portable devient une nouvelle cible de la politique de mobilisation des recettes au Cameroun. Depuis le 1er septembre 2026, le dispositif visant à suspendre l’accès aux réseaux des téléphones et autres terminaux numériques non régulièrement dédouanés est officiellement entré dans sa phase opérationnelle.
Après une première tentative prévue en mai, finalement reportée, le gouvernement passe désormais à l’action. À travers cette réforme portée par le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, l’État entend mieux contrôler les importations de terminaux numériques, lutter contre la fraude et surtout récupérer des recettes fiscales qui lui échappent.
Le marché camerounais représente un important potentiel fiscal. Environ 4 millions de téléphones et autres terminaux numériques seraient introduits chaque année sur le territoire.
Mais malgré l’importance de ces volumes, les recettes douanières générées par ce secteur auraient considérablement diminué. Selon les données du ministère des Finances, elles seraient passées d’environ 2 milliards de FCFA par mois dans les années 2000 à moins de 100 millions de FCFA mensuels aujourd’hui.
Pour les pouvoirs publics, cette baisse traduit une perte importante de recettes et met en évidence l’ampleur des importations parallèles et des circuits d’approvisionnement échappant au contrôle douanier.
La particularité de la réforme est de déplacer une partie du contrôle douanier vers les réseaux de télécommunications.
Chaque téléphone possède un numéro IMEI qui permet de l’identifier. Lorsque l’appareil se connecte à un réseau camerounais, ce numéro peut être utilisé pour vérifier son statut douanier et déterminer si les droits et taxes exigibles ont été acquittés.
Un appareil identifié comme irrégulier peut ainsi faire l’objet de notifications invitant son propriétaire à procéder à sa régularisation. En l’absence de régularisation dans le délai fixé, l’accès du terminal aux réseaux peut être suspendu.
Les opérateurs de télécommunications deviennent ainsi des acteurs essentiels dans l’application de cette nouvelle politique douanière.
À travers ce mécanisme, le gouvernement cherche avant tout à réduire le manque à gagner lié aux téléphones importés sans déclaration ou avec des droits et taxes non acquittés.
Les 25 milliards de FCFA espérés chaque année constituent une nouvelle source de recettes dans un contexte où l’État cherche à élargir son assiette fiscale et à améliorer le rendement des prélèvements existants.
La réforme participe également à la transformation numérique de l’administration fiscale et douanière. L’exploitation des données liées aux terminaux permettrait de renforcer le suivi des appareils après leur entrée sur le territoire.
Si la mesure vise principalement les importateurs et les circuits commerciaux irréguliers, elle pourrait avoir des répercussions sur les consommateurs.
Un client ayant acheté un téléphone dans un commerce peut en effet découvrir que son appareil est considéré comme non dédouané, alors même qu’il l’a acquis de bonne foi.
Cette situation soulève une question centrale : qui devra supporter les conséquences d’une irrégularité commise en amont ?
La responsabilité de l’importateur et du vendeur pourrait ainsi devenir un enjeu majeur dans la mise en œuvre du dispositif.
Pour éviter les contestations, l’administration devra notamment être en mesure de distinguer les appareils frauduleux des terminaux acquis légalement par les consommateurs.
Le lancement du 1er septembre intervient après une première tentative de mise en œuvre en mai 2026. À cette période, près de 700 000 appareils avaient été identifiés comme potentiellement concernés.
Le dispositif avait toutefois été suspendu, notamment en raison de difficultés techniques et des discussions entre les différentes parties prenantes.
Les prochains jours permettront notamment de mesurer le nombre de terminaux effectivement bloqués, celui des appareils régularisés et les recettes réellement générées.
Pour le gouvernement, l’enjeu ne consiste pas simplement à couper l’accès aux réseaux des téléphones irréguliers. Le véritable objectif est de contraindre les acteurs de la chaîne d’importation à respecter leurs obligations douanières.
Les importateurs devront davantage sécuriser leurs opérations, les distributeurs vérifier la conformité des appareils qu’ils commercialisent et les consommateurs se montrer plus attentifs lors de leurs achats.
Avec près de 4 millions de terminaux importés chaque année, le secteur représente une importante opportunité de mobilisation de recettes.
Mais pour atteindre les 25 milliards de FCFA espérés, l’administration devra démontrer que son système est suffisamment fiable pour éviter les blocages injustifiés et suffisamment efficace pour réduire durablement la fraude.
Le téléphone portable pourrait ainsi devenir l’un des nouveaux instruments de la lutte contre la fraude douanière au Cameroun.


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