À l’occasion de la deuxième rentrée économique du patronat, tenue le 10 septembre 2026 à Yaoundé, le président du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM), Célestin Tawamba, a dressé un diagnostic préoccupant de l’économie camerounaise. Baisse de l’investissement public, dégradation des infrastructures routières, crise énergétique persistante et pression croissante de la fiscalité : le patronat appelle le gouvernement à changer de cap dans le prochain budget.
Le message du GECAM est clair : le budget de l’État pour 2027 doit enfin donner davantage de place à l’investissement qu’aux dépenses de fonctionnement.
Devant les représentants des médias réunis pour cette deuxième rentrée économique du patronat, Célestin Tawamba a mis en évidence une évolution qui, selon lui, fragilise progressivement les capacités de développement du Cameroun.
Les chiffres présentés sont particulièrement révélateurs. À fin mars 2026, les dépenses d’investissement de l’État s’élevaient à seulement 45 milliards de FCFA, contre 175,5 milliards de FCFA à la même période un an auparavant. Une baisse de 74,4 %, qui ramène le taux d’exécution des crédits d’investissement à 2,2 % après un trimestre.
« Comment comprendre que le fruit de certains de nos emprunts dorme dans les caisses de la CAA, alors même que tout est à construire ? », s’est interrogé le président du GECAM.
Pour le patronat, cette situation ne relève pas d’une simple contre-performance ponctuelle. Elle s’inscrit dans une évolution observée depuis une décennie.
En 2016, les dépenses de fonctionnement représentaient 65,1 % du budget de l’État, contre 34,9 % pour l’investissement. Dix ans plus tard, en 2026, le fonctionnement absorbe 79,2 % du budget, tandis que l’investissement ne représente plus que 20,8 %.
« En dix ans, quatorze points ont basculé du capital vers le train de vie », constate Célestin Tawamba.
Cette évolution intervient alors que les exigences pesant sur l’économie nationale continuent de s’accroître. L’objectif assigné à l’administration fiscale est ainsi passé de 3 200 milliards de FCFA en 2025 à 3 600 milliards en 2026, soit une hausse de 12,5 %, alors que la croissance économique attendue se situe autour de 3,5 %.
Dans le même temps, l’encours de la dette publique atteint 15 607 milliards de FCFA à fin juin 2026, représentant 44,2 % du PIB. Son service absorbe près de 40 % des charges, tandis que l’investissement public n’en représente que 23 %.
Face à cette équation, le GECAM ne formule pas une longue liste de revendications. Le patronat veut concentrer son message sur un arbitrage qu’il juge déterminant : les dépenses de fonctionnement doivent progresser moins vite que les dépenses d’investissement.
Pour Célestin Tawamba, cette orientation ne nécessite ni nouvelle loi ni recours supplémentaire à l’endettement extérieur.
« Cet arbitrage ne suppose ni loi nouvelle, ni financement extérieur. Il suppose une décision », affirme-t-il.
Le président du GECAM résume ainsi la problématique : « Un budget qui prélève davantage pour fonctionner davantage n’est pas un budget de développement. C’est un budget d’entretien. »
Derrière cette demande se trouve une préoccupation majeure du secteur privé : disposer d’un environnement économique capable de soutenir la production, la compétitivité et l’investissement privé.
La question des infrastructures routières illustre, selon le GECAM, le décalage entre les ambitions affichées dans les documents budgétaires et la réalité vécue par les entreprises.
La loi de finances 2026 prévoit une enveloppe de 660,4 milliards de FCFA consacrée à l’achèvement de grands projets et au lancement de nouveaux chantiers. Le programme prévoit notamment près de 650 kilomètres de routes bitumées et plus de 1 300 mètres linéaires d’ouvrages d’art.
Sur le terrain, le patronat constate cependant la dégradation persistante de plusieurs corridors stratégiques, notamment Douala-Bafoussam, Douala-Yaoundé, Édéa-Kribi et Ngaoundéré-Kousseri.
Cette situation se répercute directement sur les coûts supportés par les entreprises. Les coûts de transport ont ainsi progressé de 11,5 % en 2023, puis de 12,3 % en 2024.
À cela s’ajoutent les difficultés rencontrées sur le corridor ferroviaire Douala-Ngaoundéré. Pour les marchandises destinées au Nord du Cameroun, au Tchad et à la République centrafricaine, les dysfonctionnements engendrent un surcoût logistique estimé entre 15 et 20 %.
« Une route dégradée est un impôt. Un impôt que nul n’a voté, que nul ne recouvre, dont personne ne rend compte, mais que l’entreprise acquitte chaque jour, en carburant, en pneumatiques, en camions immobilisés », déplore Célestin Tawamba.
Pour le GECAM, l’amélioration des infrastructures n’est donc pas uniquement une question d’aménagement du territoire. Elle constitue un enjeu direct de compétitivité pour les entreprises camerounaises.
L’autre préoccupation majeure soulevée par le patronat concerne l’accès à l’électricité.
Alors que 2026 s’est ouverte avec la nationalisation du segment de la distribution et la mise en œuvre du Compact énergétique national annoncé en août 2025, le GECAM estime que les entreprises ne constatent pas encore d’amélioration à la hauteur des annonces.
Ce programme représente 12,5 milliards de dollars, soit environ 7 750 milliards de FCFA.
« La vérité du terrain, elle, demeure implacable. Malgré les annonces, malgré les réformes, malgré les cérémonies, la crise énergétique n’est pas derrière nous, elle s’aggrave », estime Célestin Tawamba.
Les données des enquêtes Enterprise Surveys de la Banque mondiale citées par le GECAM montrent que 65 % des entreprises camerounaises utilisent un groupe électrogène pour maintenir leurs activités.
Le coût de cette énergie de substitution est particulièrement élevé : entre 200 et 350 FCFA par kilowattheure, contre un tarif industriel compris entre 50 et 99 FCFA.
Pour le patronat, l’enjeu ne réside donc plus seulement dans la capacité de production électrique, mais également dans la capacité à acheminer l’énergie disponible vers les entreprises.
L’entrée en production du barrage de Nachtigal, avec ses 420 MW supplémentaires, n’a pas suffi à résoudre les difficultés d’acheminement vers certaines zones industrielles.
Le mécanisme du « take or pay » constitue par ailleurs une autre source de préoccupation. Selon le GECAM, il représente pour l’État une charge mensuelle estimée à 10 milliards de FCFA au bénéfice de NHPC.
Le patronat demande ainsi que les zones industrielles soient effectivement raccordées aux capacités déjà installées et qu’un calendrier public de résorption du déficit énergétique soit établi.
Au-delà des routes et de l’électricité, le président du GECAM élargit son diagnostic à la gouvernance économique et à l’exécution des réformes annoncées.
Pour lui, le principal problème réside désormais dans la capacité à transformer les décisions publiques en résultats concrets pour les entreprises.
« L’entreprise ne vit pas de l’annonce d’une réforme. Elle vit de ses effets », rappelle-t-il.
Le GECAM souhaite ainsi que chaque engagement public soit désormais accompagné de trois éléments essentiels : un indicateur précis, une échéance et une évaluation mesurable.
Cette logique pourrait notamment s’appliquer au nombre de kilomètres de corridors effectivement réhabilités, à la capacité électrique réellement disponible pour les entreprises, au montant des arriérés apurés ou encore à la proportion de la commande publique attribuée aux entreprises nationales.
À travers cette deuxième rentrée économique, le GECAM entend donc placer le débat budgétaire de 2027 au cœur des enjeux de développement du Cameroun.
Le patronat ne remet pas seulement en question le niveau des dépenses publiques. Il interroge surtout leur composition et leur efficacité.
Pour les entreprises, l’enjeu est désormais de réorienter davantage les ressources publiques vers les infrastructures, l’énergie et les investissements susceptibles d’améliorer durablement la productivité de l’économie.
Le budget 2027 apparaît ainsi comme une occasion de rompre avec une tendance observée depuis dix ans : celle d’une progression continue du poids des dépenses de fonctionnement au détriment de l’investissement.
Le message de Célestin Tawamba tient finalement en une équation simple : si le Cameroun veut accélérer sa transformation économique, les dépenses publiques doivent produire davantage d’infrastructures, d’énergie et de capacités productives, et moins de coûts de fonctionnement.
Pour le GECAM, le prochain budget devra donc faire un choix clair : financer davantage le développement plutôt que simplement financer le fonctionnement de l’État.
Hervé Perkin’s


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