Après huit années d’exploitation au large de Kribi, le Hilli Episeyo a quitté le Cameroun en août 2026. Alors que le pays fait face à des tensions sur l’approvisionnement en gaz domestique, ce départ relance une question centrale : les autorités camerounaises avaient-elles suffisamment préparé la relève ?
La crise d’approvisionnement en gaz ménager qui touche actuellement plusieurs foyers camerounais intervient dans un contexte énergétique particulièrement sensible. Au cœur des interrogations : le départ du Hilli Episeyo, unité flottante de liquéfaction exploitée au large de Kribi depuis 2018 dans le cadre d’un accord associant notamment Perenco et la Société nationale des hydrocarbures (SNH).
Selon les informations publiées par Golar LNG, propriétaire et opérateur du navire, le contrat camerounais arrivait à échéance à la mi-juillet 2026. Le Hilli a effectué son dernier chargement camerounais le 27 juillet avant de quitter les eaux du pays le 4 août pour rejoindre le chantier naval Seatrium, à Singapour.
Golar LNG avait annoncé dès 2024 un projet de redéploiement du Hilli Episeyo en Argentine dans le cadre d’un contrat de 20 ans avec Southern Energy. En 2025, les accords définitifs ont été consolidés et les travaux préparatoires au redéploiement ont été engagés.
Le calendrier était par conséquent connu : fin des opérations au Cameroun en juillet 2026, passage par Singapour pour des travaux de modernisation et d’allongement de la durée de vie, puis redéploiement au large de l’Argentine à partir de 2027.
Le gouvernement de la province argentine de Río Negro a confirmé le 5 août 2026 que le navire avait quitté le Cameroun après huit années d’exploitation et qu’il devait être modernisé à Singapour avant son arrivée prévue en Argentine en 2027.
Pour les critiques de la stratégie gazière nationale, l’enjeu n’est pas seulement le départ du Hilli, mais la capacité des pouvoirs publics et des opérateurs nationaux à assurer la continuité de l’approvisionnement après la fin d’un projet majeur.
La question mérite d’être posée : quelles infrastructures, quels nouveaux champs ou quels contrats d’importation avaient été préparés suffisamment tôt pour compenser la diminution de la production locale ?
La SNH rejette cependant l’interprétation selon laquelle le départ du Hilli serait la conséquence d’une stratégie défaillante. Dans une note publiée le 5 juillet 2026, l’entreprise a contesté les critiques formulées dans la presse et affirmé que la stratégie énergétique du Cameroun ne pouvait être évaluée à partir du seul départ d’une plateforme. Elle met notamment en avant la nécessité d’apprécier la relève des ressources, le portefeuille contractuel et la continuité des investissements.
Après son passage à Singapour, l’unité doit être redéployée au large de la province argentine de Río Negro pour une période de vingt ans. Golar LNG prévoit d’y investir environ 350 millions de dollars pour les travaux de modernisation, la prolongation de la durée de vie et les opérations nécessaires avant sa remise en service.
Le navire dispose d’une capacité nominale de liquéfaction de 2,45 millions de tonnes de GNL par an. Il avait produit plus de 10 millions de tonnes de GNL depuis le début de ses opérations au Cameroun, selon Golar LNG.
L’Argentine a donc déjà sécurisé la prochaine étape de son utilisation industrielle, tandis que le Cameroun doit désormais composer avec son départ.
La pénurie actuelle de gaz domestique pose ainsi une question plus large : celle de la résilience du système énergétique camerounais.
Une infrastructure importante peut arriver au terme de son contrat sans que cela constitue, en soi, une défaillance. Mais lorsque son départ coïncide avec des difficultés d’approvisionnement sur le marché intérieur, la question de la préparation de la relève devient légitime.
Elle appelle surtout des réponses documentées : quelles étaient les prévisions de production nationale pour 2026 ? Quels volumes de GPL étaient effectivement couverts par la production locale ? Quelles capacités alternatives avaient été programmées ? Quels contrats d’importation ont été négociés et à quels coûts ?
Ces données permettront de déterminer si la situation actuelle relève principalement de la fin programmée d’un projet, d’un déficit de production, de difficultés logistiques, d’une insuffisance des stocks ou d’une combinaison de plusieurs facteurs.
Une chose est certaine : le départ du Hilli Episeyo était planifié depuis plusieurs années. Le navire a achevé son cycle camerounais avant de prendre la direction de Singapour, où il doit être préparé pour une nouvelle exploitation de longue durée en Argentine.
Si la production nationale et les infrastructures disponibles ne permettent pas de garantir un approvisionnement régulier du marché intérieur, les autorités devront expliquer quelles mesures avaient été anticipées et quelles solutions sont aujourd’hui mobilisées.
Au-delà de la polémique autour du Hilli Episeyo, la crise actuelle remet donc au premier plan un enjeu stratégique : la capacité du Cameroun à planifier suffisamment tôt la succession de ses infrastructures et ressources énergétiques arrivées en fin de cycle.
C’est sur cette base, et sur des données publiques vérifiables concernant les volumes, les stocks, les importations et les coûts, que pourra être établi un véritable bilan de la stratégie gazière nationale.
Hervé Perkin’s


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